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Ce matin nous avons chanté la lignée du zen soto, les
sept bouddhas du passé à travers les générations des patriarches
indiens, puis les patriarches chinois et tous les maîtres qui se sont
succédé depuis Dogen jusqu’à nos jours. Notre pratique de zazen ici
dans ce dojo, a son origine dans l’Eveil de Bouddha, réalisé en zazen
sous l’arbre de la Bodhi. Aussi Bouddha est respecté et on témoigne de
notre gratitude. Ceux qui entrent dans cette voie de la pratique
souhaitent devenir semblables à Bouddha. Aussi le voeu du bodhisattva
est: « aussi parfaite que soit la voie de Bouddha, je fais le voeu de la
réaliser. » Régulièrement les disciples de notre école se posent la
question de savoir : qu’est-ce que Bouddha ? On essaye de s’en faire une
idée, un idéal à imiter, à tel point que Bouddha a quelquefois été
divinisé, comme quelqu’un de lointain. Lorsque les moines venus interroger Hyakujô lui ont demandé : qu’est-ce que Bouddha ? Hyakujô a
aussitôt répondu : « Si ceux qui se trouvent en face du lac en ce moment
ne sont pas Bouddha, alors qu’est-ce que c’est ? » Autrement dit, si
vous qui êtes ici et maintenant n’êtes pas Bouddha, alors qu’est-ce que
Bouddha ? Bouddha n’est pas quelque chose que l’on peut obtenir ou
comprendre intellectuellement, que les philologues peuvent définir comme
les théologiens essayent de définir ce qui est Dieu. Dans le bouddhisme
également les disciples ont essayé de se faire une idée : qu’est-ce que
le Nirvana, Bouddha, le Satori ? On a toujours la tendance à en faire une
notion sur laquelle on discute abondamment. Bien sûr on se dirige
complètement à l’opposé de l’éveil de Bouddha. Pour Shakyamuni, l’origine
de toutes nos difficultés, de toutes nos souffrances, vient du fait que
nous construisons des illusions et qu’ensuite nous nous y attachons.
Nous nous attachons aux objets de nos perceptions, nous nous attachons à
l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes et finalement on s’attache à
l’idée que l’on se fait de l’Eveil. Lorsque Shakyamuni s’est éveillé il
s’est justement éveillé à cette grande illusion, il a vu clairement la
vacuité de ces constructions mentales. C’est cela qu’il a essayé de
transmettre à ses disciples, même s’il a parlé pour enseigner il n’a
jamais voulu qu’on s’attache aux paroles de son enseignement, il en
revient toujours à l’expérience qu’on en fait, à la pratique elle-même,
la pratique de l’attention de ce qui est. C’est comme ça, sans y ajouter
nos fabrications mentales. Aussi la voie qu’il a enseignée est la voie
du dépouillement qui consiste à aller au-delà de ce qu’on croit pouvoir
saisir. Bouddha lui-même est insaisissable, il ne peut pas être défini.
Ça ne devrait pas être un nom. C’est l’action de s’éveiller,
l’expérience de s’éveiller et cette expérience est toujours au-delà de
Bouddha, au-delà de toute substance. Aussi quand les disciples croient
que Bouddha est quelque chose en dehors d’eux-mêmes, Hyakujô leur dit,
comme son propre maître Baso avait dit : « En réalité, vous êtes
Bouddha, ne cherchez pas Bouddha à l’extérieur. Expérimentez l’éveil de
Bouddha dans la pratique. » Si on commence à donner un contenu à cet
éveil, ce qu’on appelle Dharma et qu’on commence à s’attacher à ce
Dharma, à sa doctrine, alors un maître comme Hyakujô déclare : « Ce
pauvre moine que je suis n’a aucun Dharma pour libérer les autres. »
Comme Shakyamuni lui-même, sur le Pic des Vautours, a soudain arrêté
d’enseigner en prenant simplement une fleur entre ses doigts et en la
faisant tourner. L’action de faire tourner la fleur, l’attention à la
fleur elle-même telle qu’elle est, au-delà de tous discours, de tous
langages fut son ultime enseignement auquel Mahakashyapa s’est éveillé.
Comme vous le savez, c’est devenu l’origine de la transmission du Dharma.
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