



|
|
Thich Nhat Hanh,
L’esprit d’amour, Éd. Pocket, 2000, ISBN : 2266081217
Tout le cosmos dans une fleur.
Dans L’esprit d’amour, Thich Nhat Hanh raconte comment il a renoncé à
l’amour d’une moniale dont il est tombé amoureux dans sa jeunesse pour
ne pas renoncer à sa vocation de moine bouddhiste. Renoncé d’une
certaine façon seulement. Car s’il l’a, une seule fois dans sa vie,
prise dans ses bras pour une chaste accolade, s’il a ensuite mis des
milliers de kilomètres entre eux, elle n’a cessé, durant un demi-siècle,
d’être à ses côtés. En zazen, tous ceux que nous avons aimés sont réunis
autour de nous, appelés par notre esprit, ou venus sans que nous les
appelions. Et tout ce qui a pu les opposer dans ce qu’il faut peut-être
considérer comme la vraie vie est miraculeusement gommé. En alternance
avec la narration de son amour de jeunesse, Thich Nhat Hanh exprime les
bienfaits du zen de manière particulièrement poétique, notamment quand
il décrit le monde de l’Avatamsaka : « Si vous touchez vraiment une
fleur profondément, vous touchez tout le cosmos. » Le sutra Avatamsaka
est l’un des textes fondateurs du bouddhisme. Probablement collecté dès
le IIIe siècle, il exerce une influence fondamentale sur l’école
mahâyâna (une forme de bouddhisme surtout répandue au Tibet, en Chine et
au Japon, et où le pratiquant fait passer le salut de tous les êtres
avant son propre salut). Grand et vaste sutra de la guirlande du
bouddha, Sutra de l'ornementation fleurie ou Sutra de la guirlande (de
fleurs)… plusieurs traductions du titre existent, toutes insistent sur
le thème de la fleur comme métaphore de l’impermanence, de
l’interdépendance. Au moment où je lis ce livre, les perce-neige sont
déjà en fleurs, les jonquilles attendent leur heure. Impermanence. Le
bulbe dans la terre, est-ce la jonquille ? La pousse chaque jour un peu
plus longue, sans cesse variable, est-ce « la » jonquille ? Le bouton
encore clos, la fleur épanouie, la leur fanée, flétrie, qu’est-ce que la
jonquille ? La fleur séchée collée dans un herbier, le bouquet mort jeté
à la poubelle, happé par le camion des éboueurs, broyé, brûlé… où
s’arrête la « vie » de la jonquille ? « Le cosmos est une construction
mentale. Tout vient de notre esprit. Si notre esprit est baigné
d’afflictions et d’illusions, nous vivons dans un monde d’afflictions et
d’illusions. Si notre esprit est pur et empli de pleine conscience de
compassion et d’amour, nous vivons dans le monde de l’Avatamsaka. » En
quelque sorte, nous choisissons par notre esprit entre l’enfer et le
paradis. Du bon usage de la pluie… ronchonner contre le « mauvais temps
» ou saluer la musique des gouttes d’eau sur le toit, le don de l’eau,
les rigoles qui chantent. Thich Nhat Hanh résume ensuite les deux
principaux enseignements du Soutra du Lotus : tous les êtres peuvent
devenir bouddha, et le bouddha est toujours et partout présent.
Puissance de l’esprit. Enfin Thich Nhat Hanh propose aux chrétiens
d’évoquer « Dieu la Mère » plutôt que « Dieu le Père » afin de
neutraliser les idées fausses que nous pouvons former à propos de cet
être. Il conclut par une lecture très personnelle de L’Étranger de
Camus. Meursault sauvé de l’absurde quelques jours avant la fin par la
vision d’un coin de ciel bleu. Satori de Meursault qui se rend compte,
quand il refuse le prêtre – qui « vit comme un mort » – que c’est ce
dernier qui a besoin d’être sauvé, et pas lui.
Shin Shu, pratiquant au dojo de Mons |