Jésus  Bouddha
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Jésus  Bouddha
Végétarisme

 

 

 

Jésus
Bouddha

Ce qui les rapproche, ce qui les sépare

Résumé du dossier publié par Le Monde des Religions
(juillet - août 2006)

• Frédéric Lenoir, Les enjeux d’une rencontre

Percée du christianisme en Orient, du bouddhisme en Occident : ces deux grandes religions semblent devenir concurrentes.
Autrefois, la tentation était grande de « comparer le pire d’une tradition au meilleur de l’autre ». « Modernité, rationalité » du bouddhisme, pour Nietzsche, « fanatisme du néant » pour les partisans du christianisme. Jean-Paul II lui-même, malgré la spectaculaire rencontre d’Assise, donnait encore une lecture pessimiste voire nihiliste du nirvana bouddhiste, tandis que de nouveaux adeptes, oubliant le caractère superstitieux des bouddhismes populaires, se réclament d’une « religion sans foi ni dogmes ». Toutes ces visions sont également fragmentaires. On peut aujourd’hui les examiner avec objectivité à l’instar d’Eric Vinson qui livre ci-dessous dix clés pour cette confrontation.
En réalité, loin des lieux communs partisans, les deux religions peuvent déboucher sur des tentatives de synthèses qui ne vont pas sans difficultés. Alors, développement des rivalités ou émergence d’un « christiano-bouddhisme » ? Une nouvelle civilisation pourrait naître de ce rapprochement.

• Eric Vinson, Les dix clés du face-à-face.

  1. Le thaumaturge et le professeur.

    Bouddha, « l’Eveillé », prince venu d’Inde, marié et père de famille, n’a que peu de points communs avec Jésus, « le Messie », artisan né en Palestine et célibataire endurci. La prédication de ce dernier, avant son exécution à 33 ans, dure à peine trois ans. Celle du bouddha, qui s’éteint à 80 ans, couvre un demi-siècle. Récits de vie d’un côté, didactiques soutras de l’autre, miracles et résurrections chez Jésus, sage acceptation de la mort chez Gautama, autant de différences de taille.
     
  2. Le Libéré et le Ressuscité.

    Pour bouddha, mourir permet de clore en acte deux bases de son enseignement : la fugacité des choses et la libération par l’« Éveil », l’extinction du « samsara ». Pour Jésus, mourir est se sacrifier pour renaître et « affranchir l’humanité une fois pour toutes de la mort et du péché ». Cet exploit confère à Jésus une gloire éternelle qui incite chaque adepte à « ressusciter en Christ » tandis que le bouddhiste est appelé, en atteignant l’Éveil, à devenir lui-même un bouddha.
     
  3. Sauveur divin ou maître de sagesse ?

    Importance du message pour le bouddha, de la personne du Messager pour le Christ : ce dernier est l’unique médiateur entre les hommes et Dieu, alors que « de nombreux bouddhas sont à l’œuvre dans le samsara, vu le nombre immense d’êtres ayant atteint l’éveil depuis des temps sans commencement ni fin. »
     
  4. « Personne » ou « non-soi » ?

    Pour le christianisme, le Créateur et ses créatures sont des « personnes », des êtres individualisés possédant des caractères propres. Pour le bouddhisme, au contraire, l’être humain n’est que l’assemblage momentané de cinq « agrégats » : matière et forme, sensations, perceptions, formations mentales et conscience.
     
  5. Dieu ou vacuité ?

    Dieu créateur éternel, transcendant d’un côté ; vacuité, impermanence de l’autre. Selon Dennis Gira, « dans le bouddhisme, tout s’explique sans Dieu, alors que dans le christianisme, rien ne s’explique sans lui. »
     
  6. Deux chemins spirituels.

    Jésus fils unique de Dieu, bouddha simple être humain ayant atteint l’Éveil ? En réalité, bien des Chrétiens insistent sur l’humanité de Jésus, bien des bouddhistes ne sont pas loin de diviniser Gautama. D’ailleurs, ces deux maîtres spirituels ont inspiré des attitudes parfois très proches, comme le monachisme.
     
  7. Charité ou compassion universelle ?

    Amour universel, compassion, sagesse, souci de l’éthique, autant de points qui semblent relier Bouddhisme et Christianisme. À quoi les théologiens chrétiens répondent que l’amour-compassion bouddhiste ne saurait s’assimiler à la charité chrétienne faute de la reconnaissance à l’autre d’un véritable statut de « personne ». Les faits démentent toutefois cette objection : il y a bien rapport de personne à personne entre maître disciple, et c’est bien l’amour qui pousse le bodhisattva à chérir chaque être « comme sa propre mère ou son enfant unique ».
     
  8. Deux voies éthiques.

    « Mérites » ou « bonnes actions », « actes négatifs » ou « péchés », c’est peut-être sur le terrain de l’éthique que les deux traditions semblent le plus proches : lutte contre l’égoïsme, l’orgueil, les passions… la liste des « péchés capitaux » est très semblable à celle des « poisons mentaux ».
     
  9. Science de l’esprit contre charité active.

    Une grande différence entre les deux courants semble se situer dans l’importance accordée par le bouddhisme au raffinement, à la variété des moyens mis en œuvre pour travailler sur soi, par opposition à l’apparente pauvreté du christianisme à cet égard. La tradition primitive de l’intériorité semble s’être appauvrie au profit d’un apparent formalisme. Les forces vives du christianisme occidental se sont donc plutôt tournées vers le monde extérieur, et l’action a pris le pas sur la contemplation, dans un mouvement opposé à celui des institutions bouddhistes.
     
  10. Jésus et bouddha réconciliés ?

    Depuis quelques décennies, le tableau « intériorité bouddhiste versus extériorité chrétienne » est à nuancer : le christianisme, dans ses démarches les plus récentes, semble atténuer son dogmatisme pour revenir à l’expérience spirituelle profonde impliquant l’entité « corps-âme-esprit », tandis que de nombreux bouddhistes s’engagent sans précédent dans un militantisme social.

• Aurélie Godefroy, Une tradition peut en révéler une autre.

Les passerelles entre christianisme et bouddhisme sont de plus en plus fréquentes. Un exemple, ces 650 personnes réunies à Pâques au Village des Pruniers (en Dordogne) autour du maître zen vietnamien Thich Nhat Hanh. Parmi elles, bon nombre de chrétiens. Pour Thich Nhat Hanh, cela n’a rien d’incongru : les messages des deux religions seraient plus proches qu’il n’y paraît, mais l’enseignement du bouddhisme serait « plus adapté à la souffrance d’aujourd’hui, procurant des outils qui aident les gens à vivre ».
Depuis une vingtaine d’années, le maître a attiré des milliers de personnes venues « déposer ici leur souffrance ». Au son des « cloches de pleine conscience », toute activité s’arrête soudain et chacun se concentre sur sa respiration.
Quelles motivations ont poussé des chrétiens à rejoindre le village ? « Besoin d’un refuge », « outils pratiques », « cheminement individuel », rejet des notions chrétiennes de péché et de culpabilité… Selon Dennis Gira, les raisons d’adhérer à cette religion pragmatique qu’est le bouddhisme tiennent surtout à l’insatisfaction vis-à-vis de la société de consommation, à la difficulté de comprendre le discours chrétien, au besoin d’avoir un guide spirituel ou à la volonté d’appartenir à une société non-violente.
À l’inverse, certains bouddhistes se tournent vers le christianisme, comme Anne, née au Vietnam et immigrée en France, où elle se tourne progressivement vers le catholicisme, renonçant aux pratiques de son enfance : « Quand on épouse une religion, il faut le faire dans sa totalité. »
Certains, enfin, tentent, souvent avec difficulté, de concilier les deux pratiques. Le passage par le bouddhisme permet parfois à des chrétiens de raviver leur foi d’origine. Par exemple, certains approfondissent leur croyance par la pratique de zazen. Ainsi, le frère bénédictin Benoît Billot a pu, grâce à un détour par les monastères zen du Japon, porter un regard extérieur sur sa propre tradition. Il partage aujourd’hui sa démarche en tentant de concilier aspects du bouddhisme et aspects du christianisme dans « la Maison de Tobie ». La gestion du corps, de la sexualité, de la respiration, des énergies tient un grand rôle dans cette forme originale de méditation.

• Dennis Gira, Les ambiguïtés du bouddhisme occidental.

Selon Dennis Gira, Directeur adjoint à l’Institut catholique de Paris et spécialiste du bouddhisme, de nombreux Occidentaux éprouvent, pour comprendre vraiment le message bouddhique, des difficultés de trois types :

  1. D’abord, ils ont tendance à vouloir interpréter les enseignements par référence à leurs propres traditions, comme, en visite dans une maison japonaise, nous chercherions vainement la table. Ainsi, les chrétiens sont convaincus de pouvoir trouver, dans le bouddhisme, une réalité correspondant au Dieu personnel des Evangiles. De même, les athées veulent y voir une voie intérieure sans Dieu. Les uns comme les autres oublient que les bouddhistes nés en pays bouddhique ne sont ni « athées », ni « agnostiques », ni « croyants ». Ils sont ailleurs, et cet « ailleurs » est difficile à découvrir.
     
  2. Ensuite, la traduction française des langues bouddhiques traditionnelles (pāli, sanskrit, tibétain, chinois, japonais) dénature souvent le sens du message originel. Ainsi, dire que la « souffrance » provient du « désir » est sans doute très éloigné de ce qu’entendait le bouddha quand il énonçait les Nobles Vérités. Ces mots sont tellement tributaires de notre propre tradition philosophique…
  3. Enfin, il est tentant de confondre une partie de la tradition bouddhiste avec son tout. Par exemple, de mettre l’accent sur la méditation et de négliger les préceptes, ou de pratiquer le zen en oubliant totalement les apports du bouddhisme tibétain ou du Theravada.

En fait, ces difficultés sont également rencontrées par ceux qui vivent dans les pays originellement bouddhistes. Car « finalement, le bouddhisme exige de chacun une véritable conversion intérieure, un abandon du soi, un changement radical de sa manière de penser et d’être dans ce monde. »

Deux moines en dialogue.

En 2001, Dom Robert Le Gall, moine bénédictin devenu évêque de Mende en 2002 et lama Jigmé Rinpoché, qui dirige un centre tibétain en Dordogne, publiaient ensemble un livre d’entretiens, Le Moine et le Lama. Ils reviennent sur les enseignements retenus de ce dialogue. Tous deux insistent sur la qualité de l’écoute mutuelle, la richesse du véritable échange qui s’est instauré. Ils se sont retrouvés aussi dans les formes même de la vie monastique : nourriture, ascèse, organisation du temps ou du lieu de vie, importance de la prière ou des psalmodies. En ce qui concerne les divergences, le bénédictin évoque la « difficulté de préciser l’Absolu qui nous attirait comme un aimant » : clarté de la Trinité divine pour le chrétien, Absolu indéfinissable (du moins en anglais) pour le bouddhiste, sauf par la métaphore de « l’azur très pur ». Le lama, de son côté, considère comme principales pierres d’achoppement « la réincarnation et le karma ». Purgatoire, enfer ou paradis d’un côté, réincarnations successives de l’autre ; influence considérable du karma sur les conditions de vie et de renaissance des êtres… autant d’éléments qui distinguent nettement les deux traditions. Le moine et le lama sont d’accord pour dire que le christianisme pourrait apporter au bouddhisme une dimension de « générosité en acte » et de « compassion en action ». Par ailleurs, le bouddhisme pourrait éclairer l’enseignement chrétien d’une lueur nouvelle, la « précaution de ne pas trop dire sur Dieu par respect pour son mystère, car il est ineffable. » La pratique de la méditation bouddhiste pourrait aussi procurer aux chrétiens un support pour les techniques de contemplation qui existent dans leur propre tradition

Résumé : Shin Shu,

Pratiquant au dojo de Mons.

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La dernière mise à jour de cette page date du 02/10/06

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